La danseuse

"Le coeur riant" (The laughing heart 1996)

Charles Bukowski

"Ta vie est ta vie

Ne te laisses pas abattre par une soumission moite

Sois à l'affut

Il y a des issues

Il y a de la lumière quelque part

Il y en a peut-être peu

Mais elle bat les ténèbres

sois à l'affut

Les dieux t'offriront des chances

Reconnais-les

Saisis-les

Tu ne peux pas battre la mort

Mais tu peux l'abattre dans la vie

Et le plus souvent tu sauras le faire

Le plus il y aura de lumière.

Ta vie, c'est ta vie.

Sache-le temps qu'il est temps

Tu es merveilleux

Les dieux attendent cette lumière en toi."

"Ils m'ont dit..." Frédéric Ohlen Venir au jour 2009

"Ils m'ont dit :

"prends l'arbre, plante-le

Dans la terre noire

A l'ombre de la case.

Prends ta parole aussi

Plante-la sous le soleil

Dans la terre d'ici.

Que ta parole s'enracine

Qu'elle étende au loin ses branches

qu'elle pousse au loin ses pas."

Ils m'ont dit :

"La parole n'est pas

vent invisible

fumée légère

frisson de feuilles

mais

L'oeil sauvé de la boue

Le corps droit sur la pierre

La gorge serrée

Le ventre qui gargouille

Le frémissement de la joie."

"Calendrier lagunaire" Aimé Césaire

"j'habite une blessure sacrée

j'habite des ancêtres imaginaires

j'habite un vouloir obscur

j'habite un long silence

j'habite une soif irrémédiable

j'habite un voyage de mille ans

j'habite une guerre de trois cents ans

j'habite un culte désaffecté

entre bulbe et caïeu j'habite l'espace inexploité

j'habite du basalte non une coulée

mais de la lave le mascaret

qui remonte la valleuse à toute allure

et brûle toutes les mosquées

je m'accomode de mon mieux de cet avatar

d'une version du paradis absurdement ratée

- c'est bien pire qu'un enfer-

j'habite de temps en temps une de mes plaies

chaque minute je change d'appartement

et toute paix m'effraie

tourbillon de feu

ascidie comme nulle autre pour poussières

de mondes égarés

ayant craché volcan mes entrailles d'eau vive

je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets

j'habite donc une vaste pensée

mais le plus souvent je préfère me confiner

dans la plus petite de mes idées

ou bien j'habite une formule magique

les seuls premiers mots

tout le reste étant oublié

j'habite l'embâcle

j'habite la débâcle

j'habite le pan d'un grand désastre

j'habite le plus souvent le pis et le plus sec

du piton le plus efflanqué - la louve de ces nuages-

j'habite l'auréole des cactacées

j'habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine

de l'arganier le plus désolé

à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte

bathyale ou abyssale

j'habite le trou des poulpes

je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe

frère n'insistez pas

vrac de varech m'accrochant en cuscute

ou me déployant en porana

c'est tout un

et que le flot roule

et que ventouse le soleil

et que flagelle le vent

ronde bosse de mon néant

la pression atmosphérique ou plutôt historique

agrandit démesurément mes maux

même si elle rend somptueux certains de mes mots"

Moi Laminire, 1982